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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 16:43
A titre d'exemple voici le compte rendu de lecture qu'une audiolectrice déficiente visuelle a élaboré à l'aide de son PC équipé d'une synthése vocale

  

 

Il porte sur un ouvrage enregistré par la bibliothèque sonore de Grenoble pour le Printemps du Livre qui s'y déroulera          du 7 au 13 avril 2011.

Il s'agit de "IMITATION" de Alain FLEISCHER .

En voici un extrait:

 Imitation.jpg 

Ce matin, je suis réveillé par de nom­breux regards qui me fixent, une biche, un che­vreuil, un cerf, un san­glier, un tau­reau, et je com­prends que j’ai dormi sur une table de billard, dans la salle de jeux dont les murs sont déco­rés de tro­phées. Je me lève avec l’impression que je suis vrai­ment seul, cette fois-ci, libéré aussi bien des pré­sences réelles de mes visi­teurs que des fan­tômes qui me sont appa­rus : Kal­man a pu repar­tir en voi­ture et emme­ner Nell avec lui. Main­te­nant, j’ai suf­fi­sam­ment à faire sans eux, avec ce qu’ils me laissent et aussi dans l’attente du petit bon­homme Fleish­man, le boucher-charcutier du vil­lage de K… qui s’est assez mani­festé et exprimé pour me mettre sur une piste, doit-il pen­ser. Après les diva­ga­tions des pre­miers jours, il est temps que je revienne à la réa­lité simple de ce séjour : je suis ici pour gar­der une ancienne demeure pen­dant trois semaines du mois d’août, avec un salaire qui me sera bien utile à l’automne, c’est-à-dire jusqu’au retour de son pro­prié­taire parti en Flo­ride dans une mai­son de santé pour vieillards. Je me demande quel âge peut bien avoir le comte Spie­gel, qui a connu et hébergé ici Rudolf von Laban.
Imi­ta­tion, p. 145

 

Voici le compte-rendu  fort pertinent également publié sur le site de la Médiathèque de Grenoble  de notre audiolectrice

 

Dès les premières pages du livre (ou des premiers fichiers son pour les audio-lecteurs), l’on perçoit que l’auteur a une vaste culture et qu’il n’est pas démuni du sens de l’humour.

 

Le narrateur, Anton, jeune universitaire chargé de cours, prépare une thèse sur l’imitation, suivi par le Pr Calmann.Une liaison discrète avec Lucia, une de ses étudiantes, risque de sombrer dans la routine. Son directeur de recherche lui propose un travail d’été, dans la

propriété du Comte Spiegel, où une grande bibliothèque sera à sa disposition.

Encouragé par le Professeur à rédiger une thèse originale, à partir des comportements de  notre société, il est amené à croiser des sujets comme la biologie, la philosophie, l’histoire,la sociologie, l’art. Ses carnets, d’imitation de roman, sont entrecoupés de courts chapitres d’une fable à peine caricaturale sur la recherche du bonheur factice et l’imitation sociale largement relayée par les media.

 

Le récit des Carnets est construit à la 1ère personne du présent, rendant le lecteur plus attentif à l’évolution du personnage, tandis que l’action se déroule en Hongrie,, d’où une critique de notre société moderne plus facilement acceptable, à la manière des  Lettres Persanes.

 

Une bonne partie de la construction de ce livre est basée sur un jeu de dupes et de miroirs : le Comte Spiegel(Miroir) permet l’accès à une réflexion, mais aide aussi Anton à passer de l’autre côté du miroir, dans un monde magique, comme pour Alice ou Harry Potter.Serions-nous dans un conte de fée ou un conte initiatique ?

 

Il semble que,  dans le domaine du Comte Spiegel,calme, isolé, harmonieux, la nature conserve des traces du passé et le temps s’abolit. Grâce à la magie des lieux, le narrateur acquiert un niveau de conscience plus élevé qui lui donne accès aux massacres nazis qui ont eu lieu à proximité.L’une des plus belles scènes du livre se déroule dans le calme nocturne de ce lieu magique que viennent hanter les âmes de ceux qui y ont été tués. Très marqué par la musique et sa résonance en nous, le narrateur crée une véritable mise en scène pacifique, harmonieuse, où l’imitation du Songe d’une nuit d’été apporte joie, équilibre et peu-être une guérison à ceux qui ont été anéantis froidement.

 

Il faut presque une seconde année universitaire à Anton pour prendre conscience que l’univers se fait complice de nos désirs profonds, pour qu’il prenne son destin en main, se dépouille de ce qu’il était et crée, au jour le jour,sa propre vie.

 

L’histoire sentimentale peut paraître secondaire, tant elle semble se résumer à un rapprochement physique des corps ; elle est menée par la jeune femme qui assimile la répétition ou l’imitation à la mort. Cette liaison fait progresser le narrateur et le livre s’achève sur une scène de Création du monde.

Les passages les plus visuels se situent dans les cadres naturels et il n’y a aucune difficulté à se les représenter. Les éléments oniriques ont une grande force et donnent un accès intuitif à la réalité ou permettent une analyse des fantasmes.

 

L’auteur se cache , tour à tour, sous le masque d’Anton qui fait preuve d’une grande naïveté pour un intellectuel, ou , souvent, sous celui du Professeur.

Son analyse de la morosité française ambiante m’a intéressée : comment échapper au poids de l’histoire ? Bien que nous ne soyons pas responsables de la Révolution française, nous sommes marqués par une terrible déception et la tache de meurtres indélébiles. Il en est de même pour les massacres nazis qui hantent notre mémoire collective et qui font honte à l’humanité. Hélas, l’histoire semble se répéter et les hommes ne tirent pas toujours parti de leurs erreurs !C’est pourquoi il faut enseigner l’histoire de façon à élever les consciences.

 

Dans le personnage d’Anton on retrouve un peu du Candide ou du Magnus de Sylvie Germain dans sa quête de la vérité, de ses origines, des rêves ou fantasmes.

La force de certaines de ces scènes peut gêner une lectrice sensible et il m’a fallu une 2ème lecture pour prendre un certain détachement par rapport au traitement de la femme.

 

Toute la narration est empreinte d’une certaine froideur qui sied à un travail de thèse. On y perçoit rarement les émotions, même au niveau de la relation amoureuse des deux jeunes gens qui étudient des sujets voisins et qui échangent peu en paroles.

 

²Les points forts du livre sont on originalité, la profondeur des réflexions sur notre société, sur le sens de l’histoire, du bonheur ou de la vie. Beaucoup d’humour aussi

: dans le choix des noms, des situations cocasses, surtout dans la fable de Mimmo que la réalité rejoint !Une écriture assez sobre, dont les répétitions apparaissent comme des refrains qui soulignent certains comportements. L’écriture prend une dimension poétique, surtout lorsque le narrateur est sous l’influence de la nature ou de la musique.

 

²Il est  possible que certains lecteurs se perdent dans les nombreuses références ou regrettent les maigres dialogues entre les personnages . Le mélange des genres peut surprendre : imitation de roman, fable, réflexion phiosophique, conte de fée, conte poétique ou initiatique…

Même s’il ne faut pas les oublier, les énumérations de pogroms ou de villages massacrés, de déportés dans les camps d’extermination, peuvent paraître pesants.

 

A l’écoute, malgré l’excellente performance du donneur de voix, il m’a parfois fallu une seconde lecture pour saisir toutes les richesses du texte. A plusieurs reprises, il m’est revenu en mémoire le monologue de Macbeth :

« La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite sur scène pendant son heureet puis que l’on n’entend plus.

C’est un conte raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Peut-être, mais n’est-ce pas à chacun d’entre nous de trouver son bonheur authentique, de donner un sens à sa vie, de participer par ses actes ou ses pensées à ula création d’un monde meilleur ?

En tout cas, ce livre fascinant nous y invite.

 

 

Michèle Lecocq

 

 

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commentaires

Lauzière Sylvie 04/04/2011 07:53


Eh bien Michèle, si la profondeur de ce livre me paraît bien trop impressionnante pour que je m'y penche pour l'instant,les conclusions tirées font raisonner en moi un écho véritable, comme celui
qui s'entend dans un puits où trouver l'eau pour se désaltérer et poursuivre son chemin, si difficile soit-il ! Merci du partage.


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